Deux économètres de l’ENSAE-CREST récompensés pour leurs travaux


Deux économètres enseignants-chercheurs à l’ENSAE Paris ont été récompensés pour leurs travaux.

Anna SIMONI, chercheuse au CNRS affectée au CREST, enseignante à l’ENSAE Paris et responsable de la voie Data science et sciences sociales, a reçu la médaille de bronze du CNRS 2019 qui récompense le premier travail d’un chercheur ou enseignant-chercheur prometteur dans son domaine.

 

Xavier D’Haultfœuille, enseignant-chercheur à l’ENSAE Paris et professeur chargé de cours à l’École polytechnique, a reçu le 17 juin 2019 le prix Malinvaud attribué par l’Association française de science économique (AFSE) pour son article « Fuzzy Differences-in-Differences », publié dans la revue Review of Economic Studies.

Décerné tous les ans depuis 2010, le Prix Malinvaud de l’Association française de science économique récompense un jeune économiste ayant soutenu sa thèse depuis moins de 12 ans et auteur du meilleur article scientifique publié dans une revue de référence. Xavier D’Haultfœuille devient ainsi le 3ème chercheur du CREST, centre de recherche regroupant notamment les économistes de l’ENSAE et de Polytechnique, à recevoir ce prix. Isabelle Méjean et Pierre Boyer, tous les deux professeurs à Polytechnique, l’avaient précédé en 2016 et 2017.

Dans son article co-écrit avec Clément de Chaisemartin, professeur à l’université de Santa Barbara, Xavier D’Haultfœuille analyse une méthode très courante d’évaluation des politiques, les différences de différences. Dans sa version standard, cette méthode consiste à comparer les évolutions de deux groupes entre deux périodes. L’un des groupes, dit « de traitement », bénéficie en 2ème période de la politique publique, l’autre, dit « de contrôle » n’en bénéficie jamais. Un exemple célèbre est l’évaluation par Card et Krueger (1994) de l’effet du salaire minimum sur l’emploi. Les auteurs s’appuyaient sur la comparaison entre le New Jersey, où le salaire minimum avait augmenté en 1992, et la Pennsylvanie, où il était resté constant.

Bien souvent cependant, le cadre standard n’est pas respecté : certains individus bénéficient de la politique étudiée dès la 1ère période, d’autres sont également « traités » bien que membre du groupe de contrôle. Dès lors, Clément de Chaisemartin et Xavier D’Haultfœuille montrent que la méthode utilisée habituellement repose sur des hypothèses potentiellement problématiques qui n’avaient pas encore été identifiées. Ils développent également deux méthodes alternatives, basées sur des conditions plus proches de l’hypothèse clé du cadre standard. Ils illustrent enfin leurs résultats théoriques à travers une application où l’usage de la méthode habituelle conduit à biaiser significativement les résultats. Au-delà de ces résultats, les deux auteurs soulignent l’importance de diffuser les programmes informatiques associées aux nouvelles méthodes. « Beaucoup d’économistes continuent d’utiliser des méthodes inadaptées simplement parce qu’ils ne disposent pas d’outils simples pour mettre en œuvre des techniques plus satisfaisantes. Nous essayons donc de proposer des programmes couvrant le maximum de situations possibles, même si c’est assez chronophage en pratique ! »

Xavier D’Haultfoeuille tient à exprimer sa gratitude aux membres du jury et au président, Claude Diebolt, d’avoir sélectionné son article : « Au-delà de ma récompense, c’est un encouragement aux économistes français de réfléchir aux différentes méthodes économétriques à la base des travaux empiriques actuels ».